Je viens de terminer la deuxième partie de mon voyage jusqu’au Caucase : la traversée des Alpes dinariques, qui s’est enchainée après les Alpes, sans véritables étapes de plaine entre les deux. Les Alpes dinariques m’ont offerts des parcours relativement vallonnés avec en moyenne 1500 m de dénivelé par 100 km. Mais surtout, elles m’ont permis de découvrir des pays, cultures et paysages que je ne connaissais que très peu avant. Je ne peux que confirmer l’hospitalité, la bienveillance et la générosité qui règne dans les Balkans.

Croatie : mer, neige et Bora
La plus belle partie de la Croatie fut pour moi la chaîne du Velebit. Alors que je commençait la première ascension, il me semblait que les sapins plus haut avait l’air enneigés. Après 200 m de montée, la pluie devenait de la neige mouillée. Malgré le froid, j’aime tellement la neige qu’un grand sourire s’est dessiné sur mon visage. Au premier refuge, je rencontre un cycliste allemand. On a rapidement fait un feu, du thé et partagé un bon moment de convivialité avec son père et son frère qui sont arrivés peu après. Il m’a surtout indiqué que dans 20 km, il y avait un refuge dont il avait deviné le code de la boîte à clé : 1234. Il était déjà 16h et je me suis dit que ça serait une bonne option pour la nuit. J’étais très content de trouver ce refuge et de pouvoir m’y réchauffer au sec. Un groupe de randonneurs hongrois arrivé à la tombée de la nuit était également content de trouver ce refuge ouvert. Nous avons partagé une soirée très sympa dans cette cabane de laprovidence. Le lendemain, le ciel était bien dégagé avec la Bora qui soufflait fort et des chevaux sauvages qui courraient sur la chemin.

Bosnie et Herzégovine : la spontanéité
Une chose que je réapprend durant ce voyage, c’est d’être spontané et de vivre au jour le jour. Je ne sais généralement pas le matin où je vais dormir le soir. Cela ouvre des portes qu’un voyage tout planifié ne permettrait pas. En arrivant dans la ville historique de Mostar, j’ai demandé à un passant qui parlait anglais où je pouvais trouver un café sympa. C’est ainsi qu’il me proposa de venir avec lui et de fil en aiguille, j’allais passer la soirée et être hébergé par Mauricio et ses amis, un mexicain qui enseigne l’économie dans une école internationale à Mostar. Si on m’avait dit ça le matin, je n’y aurais pas cru.
Le lendemain, j’ai rencontré des bernois avec lesquels j’ai continué jusqu’à Sarajevo où nous avons passer deux jours pour visiter cette ville qui était le premier gros objectif de mon voyage. Il n’y a que la spontanéité qui permet de telles rencontres.

Monténégro : réconciliation avec les chiens
On m’avait beaucoup averti des chiens dans les Balkans. Ma première mauvaise expérience est arrivée en Croatie alors que 6 chiens errants sont arrivés de front. Je suis descendu du vélo et ai essayé de l’utiliser comme barrière, mais ils m’ont rapidement encerclé et l’un d’eux essayait de mordre dans mes sacoches. L’étape suivante aurait été mes mollets. Comme la situation continuait d’escalader, j’ai essayé la technique de la pierre. Il m’a suffit d’en prendre une pour qu’ils se calment et partent. Je n’aurais pas osé la lancer, mais ça montre qu’on leur a malheureusement déjà lancé des pierres.
La deuxième mauvaise expérience est arrivée en bivouac avec mes compagnons de route bernois. Des chiens de bergers sont arrivés à 5h du matin autour de la tente, ont aboyé et grogné. Je ne comprends pas le dialecte bosniaque des chiens, mais quand ils sont venus pour la deuxième fois, ça devait vouloir dire quelque chose du style: “si on doit revenir une troisième fois, on déchire les tentes et vous mord les mollets”. Clairement nous étions sur leur territoire et ils ont fait leur travail, nous avons plié bagage rapidement.
Après ces mauvaises expériences, j’avais vraiment un peu peur à chaque fois que je passais vers un troupeau où il y avait des chiens de bergers. Mais il a suffit d’une bonne expérience pour me réconcilier avec les chiens. Alors que je roulais en fin de journée pour aller bivouacer en montagne, une chienne m’a suivit sur plusieurs kilomètres, sprintant dans les descentes pour ne pas me perdre. Elle m’a accompagné jusqu’à mon bivouac me tenant compagnie sans rien demander de plus. J’ai compris en regardant son collier et en discutant par après avec des locaux, qu’elle vient d’un village 15 km plus bas et qu’elle est arrivée il y a 3 jours avec un autre cycliste. J’ai aussi entendu d’une cycliste qu’elle avait été suivie par cette chienne sur une longue section de montagne. Je garde cette belle image d’une chienne qui accompagne les cyclistes en montagne, leur tient compagnie et les protège des autres animaux, sans rien demander en retour si ce n’est qu’une présence humaine et l’ambiance d’un bivouac sauvage.
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